Sunday, August 20, 2006

...persécution qui s'ensuivit. Le terme "Bon" appliqué à la religion non encore systématisée demeure problématique, et un tel usage simplificateur doit être contextualisé. Malheureusement, le terme adéquat a vu son sens glisser : D.L. SNELLGROVE nous apprend qu'avant de désigner la religion bouddhiste, le terme "chos" référait clairement, encore dans les inscriptions royales au 8ème et 9ème siècles, à la religion pré-bouddhiste du Tibet.
B. Diverses sensibilités des chercheurs quant à la nature originelle du "Bon"
Le récent afflux de recherches (ct. P. KVAERNE, S.G. KARMAY, et D. MARTIN) sur le "Bon" a permis d'affûter la compréhension de son propre système de croyances et de ses liens avec le système bouddhiste, même si ses origines demeurent sujettes à controverse.
Selon P. KVAERNE, grand spécialiste occidental du "Bon", il est nécessaire de voir le "Bon" comme une religion distincte, la prétention des Bonpos à être distingués étant justifiée par leur histoire sacrée et des sources religieuses qui font autorité.
Le vaste champ d'investigation que s'octroie S.G. KARMAY dans l'Histoire et la culture tibétaine, fait de lui un chercheur, tibétain et bonpo (formé traditionnellement dans les monastères bonpos et bouddhiques de l'Amdo et du Tibet central), travaillant dans les règles académiques de la méthodologie occidentale (ancien directeur de recherche au CNRS). Relevant au passage quelques arguments valables chez les ''nativistes'', l'oeuvre de S.G. KARMAY insiste sur l'importance d'une compréhension des rituels locaux et sur la mesure dans laquelle les sources suggèrent que le Bon ancien était bien une tradition cohérente, dont certains éléments sont passés au "Bon" tardif ''systématisé''.
Des chercheurs plus engagés dans une vague "nativiste" (Cf. N. NORBU et J. BELLEZZA) à l'encontre de D.L. SNELLGROVE, comprennent le "Bon" comme une tradition indigène, affirmant et légitimant l'identité singulière du Tibet et de sa culture, qu'ils cherchent à restituer en évinçant l'impact hégémonique du bouddhisme. Pour eux, le "Bon" symbolise l'ère de la puissance impériale du Tibet qui dominait l'Asie centrale, culminant à la prise (certes éphémère) de la capitale chinoise en 763. Le bouddhisme serait alors une incursion tardive qui aurait affaibli la vigueur guerrière et nationaliste du Tibet.
En revanche l'hypothèse de D.L. SNELLGROVE, les similitudes entre "Bon" et bouddhisme s'expliqueraient par une source commune à ces deux fois. Le "Bon" ancien ne serait qu'une forme de bouddhisme, introduit au Zhang-zhung depuis l'Asie centrale avant de l'être à la Cour du Yarlung. Toutefois sa théorie, largement suivie, repose sur une preuve indirecte qui laisse la porte ouverte à d'autres interprétations sur l'origine du "Bon".
Par exemple celle de N. NORBU, ancien professeur à l'université de Naples, envisage le "Bon" en tant que système de croyances originel du peuple tibétain; système bien distinct, malgré quelque chevauchement, des traditions pré-bouddhistes révélées dans les manuscrits de Dunhuang. Pour N. NORBU, les "Bon" étaient ces spécialistes en divination des causes et remèdes aux troubles de l'harmonie naturelle entre monde et individu. Il montre que le gouvernement de l'ancien Tibet reposait sur les ''drung, deu and Bon'' (i.e; "narrations sacrées et profanes, langages symboliques et "Bon") qui le protégeaient. Cette tradition qui inclut le culte des montagnes, mais n'en tire pas son origine, trouverait ses principes fondateurs, non dans les canons, mais plutôt à travers les mythes que racontent les anciens textes rituels en préambule des rites et qui en garantissent l'efficacité. Pour N. NORBU, le "Bon" est une tradition indigène authentique, mais indigène au Zhang-zhung et transmise pour devenir celle du ''Tibet du Yarlung'', qui en est donc le tributaire. Comme d'autres ''nativistes'' (Cf. N.N. DAGKAR), il interprète les textes qui font naître le "Bon" en des lieux apparemment mythiques, tels 'Ol-mo-lung-ring (ou) au Ta-zig (communément assimilé à la Perse, bien qu'il puisse désigner des régions entre perse et zhangzhung ) en arguant de l'existence réelle de ce(s) lieu(x) au sein du Zhang-zhung, ou plus spécifiquement de la région du Mont Kailash.
S.G. KARMAY, resserre encore l'étau, démontrant géographiquement, à travers les textes l'identification d' 'Ol-mo-lung-ring au Mont Kailash (alias Ti-se ou Mt g.Yung-drung dgu-brtsegs = "Pile de 9 svastikas"). Ti-se existe bel et bien. C'est le centre le plus important du Zhangzhung qui est, selon certaines traditions, la source du "Bon", ou tout au moins de croyances similaires. Ti-se n'a pas échappé au culte pré-bouddhique des montagnes, G. TUCCI suggère que les divinités associés au cycle annuel auraient donné leur nom générique ''Se'' à la montagne. "Ti" signifie incidemment ''eau'', en Kinnauri..., et, dans bien d'autres langues tibéto-birmanes, ajoute G. van DRIEM : en Byangsi, en Manchad, etc., mais en zhangzhung : eau=ting. Notons qu'autour du Mont Ti-se partent de grands fleuves ou leurs confluents (Sutlej, Indus, Gogra). G. TUCCI relève aussi le terme "the-se" qui désigne une divinité aborigène sur laquelle se sont greffées plus tard des notions astrologiques. Le dieu a pu être ensuite identifié au Mont Ti-se, et recevoir des sacrifices animaux. S.G. KARMAY, passant de l'aspect réel (Ti-se), à l'aspect spirituel, conclut que le coeur légendaire du "Bon", 'Ol-mo Iung-ring, a été mythifié pour satisfaire les croyants, avides d'extraordinaire, (A SUIVRE)

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